L’IAbdf – 5 – Renouveau et spiritualité

Pour clore, de façon provisoire, ce cycle consacré à la représentation de L’Indien d’Amérique dans la bande dessinée francophone, voici une sélection de trois ouvrages récents. Ils marquent les changements qui accompagnent la nouvelle perception de l’un des protagonistes les plus anciens du neuvième art.

Romantico-tragique

Étuŋwaŋ, Celui-qui-regarde, Thierry Murat, Futuropolis

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Étuŋwaŋ joue la carte authentique. Un carnet de route en guise de voix off, Thierry Murat nous transporte à l’époque charnière durant laquelle les Indiens des plaines disparaissent – ethnocidés – de la réalité, avant de réapparaître sur le nouveau support qu’est la photographie. Son dessin oscille entre naturalisme et réalisme, tandis que son scénario s’imprègne d’histoire indienne, de littérature dix-neuviémiste et d’ethnolinguistique.

Fantastico-graphique

L’odeur des garçons affamés, Frederik Peeters et Loo Hui Phang, Casterman

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« Les Grandes Plaines peuvent causer un genre de vertige horizontal. »

Sensation qui saisit le lecteur au fur et à mesure qu’il tourne les pages de cet album. Nous sommes au XIXe siècle en Amérique du Nord, un photographe accompagne un géologue dans une mission de reconnaissance, un troisième larron fait office de domestique. Le trio déambule au milieu de paysages sans limite d’horizon, vide, angoissant, et peuplés d’Indiens.

Décalé-décapant

La saison des flèches, Omaha Wanhin Kpe, Samuel Stanto et Guillaume Trouillard, Éditions de la Cerise

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Entre fable moderne et critique sociale, La saison des flèches propose un récit loufoque en glissant une famille indienne dans une boîte de conserve. En page 4, un encart publicitaire présente l’improbable invention d’un dénommé Mac Mulligan : le procédé de pasteurisation de l’Indien des Plaines, Sioux, Comanche, etc.

De La Famille Fenouillard à La Saison des Flèches, en oubliant l’excellent West Terne de Michel Galvin aux éditions Sarbacane, sans compter la production nord américaine, la représentation de l’Indien d’Amérique du Nord prend un nouveau sens. Au delà de l’histoire devenue officielle après la seconde guerre mondiale (Marijac), puis quasi didactique durant les années 70 (Derib), elle sert dorénavant de support à des récits qui dépassent les frontières du genre.

[1]P. Jacquin, Les Indiens blancs, Français et Indiens en Amérique du Nord (XVIe- XVIIIe siècle), p. 164.

[2]W. Foix, L’Indien dans la bande dessinée francophone, in « Un continent en partage, Cinq siècles de rencontres entre Amérindiens et Français », sous la direction de Gilles Havard et de Mickaël Augeron, Paris,  Indes Savantes, 2013, p. 509-513.

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