Des amis de cinquante ans

La damnation d’Edgar P. Jacobs

Benoît MOUCHART & François RIVIÈRE

Seuil/Archambaud

 

À l’occasion de la sortie du dernier Blake et Mortimer, réalisé à 4, retour en 3 parties sur la biographie d’E. P. Jacobs écrite à 2 mains.

Première partie

Parue en 2003, cette biographie de E. P. Jacobs (1904-1987) s’inscrit dans la triade proposée par B. Mouchart et F. Rivière, entre celle de Jacques Van Melkebeke, À l’ombre de la Ligne Claire et celle d’Hergé, deux personnes qui ont façonné sa vie. L’ami Jacques et l’insouciance des jeunes années, Hergé et la Seconde Guerre mondiale lui permettent de réussir dans la bande dessinée, avec Blake et Mortimer. Pourtant, si Jacobs a connu le succès, c’est depuis le balcon du théâtre royal des Galeries à Bruxelles qu’il plonge dans l’art avec le Faust de Goethe, comme on plonge en religion. Ensuite, c’est une histoire de rencontre.

L’amitié longue durée

Alors que les parents Jacobs prédestinent leur fils aîné à une terne carrière de commis en écritures (septembre 1916), Edgard rencontre le marollien, « prolétaire sensible et cultivé », Jacques Van Melkebeke, (dorénavant JVM), et modèle à venir du professeur Mortimer. À la suite d’une période d’observation ponctuée de Battles Dessinées au cours desquelles ils rivalisent d’audace graphique, ce sera à la vie, à la mort : ils découvrent les « finesses humoristiques de Charlie Chaplin et Harold Lloyd […] se régalent de fictions américaines », sans compter l’opéra et le théâtre. La proximité du Musée du Cinquantenaire contribue au développement d’une culture plus classique en histoire de l’art. La rencontre avec Jacques Laudy (modèle à venir de Blake) – le fils de Jean Laudy, le portraitiste de la famille royale – par l’intermédiaire de JVM (encore), lui permet de comprendre que l’art fait vivre, enfin cela dépend…

À l’orée de cette vie d’adulte, tandis que JVM se destine à la carrière d’artiste peintre, Edgard veut chanter. En 1921, il commence par donner de la voix en tant que figurant.

Opéra spatial

Pour manger, fort de ses qualités graphiques, Edgard se fait engager aux Grands Magasins de la Bourse en qualité de dessinateur de catalogue. Une période propice aux gammes durant laquelle :

« (il y)  puisera l’inclination pour le fétichisme du détail qui reste l’un de ses apports essentiels à la bande dessinée belge. »

Influencé par les Robida, Lhanois, Orazi, Rackham, Dulac, Job ou Caran d’Ache, il avoue une légère préférence pour Georges Omry.

D’une place à l’autre, il est engagé dans la troupe des théâtres municipaux de Lille, avant de rejoindre le grand théâtre « l’Opéra » en 1931. Il ne perce pas. Pire, l’application de la « loi de 1926 sur le contingentement des artistes étrangers séjournant et travaillant en France » le reconduit à la frontière. Un malheur n’arrive jamais seul et la Wehrmacht envahit Bruxelles, entre autres. Passé le choc, le contrôle des médias par la censure « Anastasie » rend encore plus difficile l’activité artistique. Pour (sur) vivre, tel le Malaussène de Pennac, il reprend ses activités aux Grands Magasins de la Bourse…

 

 

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