La grande vacance

Je vais rester

Lewis Trondheim et Hubert Chevillard

Rue de Sèvres

 

Voilà l’été. À peine arrivés à Palavas les Flots dans l’Hérault, Fabienne et Roland s’accordent un tour à la plage avant de pouvoir récupérer leur location, mais pas avant 14 heures. Bien mal leur en prend, lorsqu’un panneau publicitaire en tôle coupante s’envole à leurs cotés, avant de se rabattre avec violence et de trancher le cou de Roland, net. La bande dessinée vient à peine de commencer que le personnage soi-disant principal disparaît. Fabienne décide alors de rester. Durant cette semaine où l’absent avait tout planifié, quasiment heure après heure, elle tente de comprendre et d’avancer. La rencontre avec Paco, l’homme du cru, palavasien depuis toujours, aide la jeune femme à se reconstruire de façon progressive.

Sujet original, le thème de la résilience est abordé sans lourdeur, ni pathos. Lewis Trondheim est un scénariste prolifique, il écrit et dessine depuis bientôt trente ans. Surtout, il est doué pour raconter des histoires case à case. Dans Je vais rester, sa collaboration avec Hubert Chevillard fonctionne à merveille. Le récit se construit autour de planches composées de 6 cases, la lecture s’adapte à ce rythme et le regard est plus attentif aux séquences proposées. Ainsi, on suit Fabienne la touriste armée de son agenda, respectant avec scrupule les activités de son défunt compagnon, acceptant au fur et à mesure la réalité du décès. En parallèle, Paco le local, collectionneur d’articles de presse consacrés aux morts idiotes, rencontre pour la première fois une victime collatérale. La douceur du trait d’Hubert Chevillard contraste avec le drame en cours, une heureuse dissonance rehaussée par le choix de couleurs pastel, qui assure une légèreté estivale à l’ensemble. On en viendrait presque à oublier le sujet.

Je vais rester nous sort des récits d’aventures périlleuses ou des autobiographies contemplatives pour proposer une lecture douce amère, et découvrir Palavas les flots autrement.

 

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