« J’ai vu New York, New York USA »

Gramercy Park

Thimothée de Fombelle & Christian Cailleaux

Gallimard

 

Situé sur la presqu’ile de Manhattan, Gramercy Park est un minuscule lieu privatif.  Depuis sa terrasse, une apicultrice du genre mélancolique observe cet îlot de verdure… et le voisinage. Originaire de Paris, ex-danseuse étoile, Madeleine est tombée du ciel par amour pour Jeremiah. À la fin de la Seconde Guerre mondiale, l’officier américain a convaincu la jeune fille de quitter la vieille Europe pour tenter l’aventure.

Malgré le total désaccord du directeur de l’Opéra, mais avec la bénédiction de son grand-père, sa seule famille, Madeleine poursuit son homme outre-Atlantique et découvre The Big Apple à travers le hublot de sa cabine. Tandis que la cagnotte constituée durant le service militaire fond, un foutu mari remplace le gars charmant. Jeremiah Whitman retrouve alors les réflexes meurtriers acquis durant le conflit et les transpose dans le monde interlope de la nuit new yorkaise. Des activités illicites qui le détournent chaque jour davantage de sa femme. Un matin qu’il ne rentre pas, Madeleine le retrouve à la morgue.

Étrangère, sans travail stable, la jeune veuve cherche la consolation. D’abord, elle rachète le bail au chinois pour l’exploitation des ruches sur le toit, pour s’occuper des abeilles, pour faire comme son grand-père, prendre de la hauteur aussi. De là-haut, Madeleine observe. En face, de larges fenêtres lui permettent de pénétrer l’intimité de son vis-à-vis, celui qui ne quitte ses appartements qu’une fois la semaine, le dimanche à 11 heures. Lorsque l’inspecteur Angelino lui demande de le renseigner sur cet étrange voisin, elle comprend qu’il est temps d’agir.

 

Gramercy Park marque la première collaboration entre Thimotée de Fombelle et Christian Cailleaux. Telle une abeille urbanisée, le scénario de De Fombelle survole la Grosse Pomme et brode une histoire tiraillée entre polar et sentimentalisme, dont le dénouement peut justifier la lecture. La consolation se trouve du côté de Cailleaux. Depuis sa production déjà ancienne, aux éditions 13 étrange, en passant par ses divers ouvrages avec l’acteur Bernard Giraudeau (l’inoubliable R97) ou ses biographies détournées de Marcel Prévert et de Boris Vian avec Hervé Bourhis, sans oublier son formidable triptyque, Les Imposteurs, Cailleaux recompose ce New York des années cinquante. De l’infini de la ville contemplée depuis les toits aux séquences plus intimes, la finesse de son trait autorise de nombreuses informations dans la case sans jamais charger le dessin. Expression de légèreté à laquelle contribue la mise en couleur. Cailleaux s’inspire de la Ligne Claire et lui donne une dimension subtile et originale.

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