Nordique Vertige

Groenland Vertigo

Hervé TANQUERELLE

Casterman, 2017

Une quête au goût inaltéré

Húsavik, nord Islande, quatre marins, un géologue, un ornithologue, une équipe vidéo, un cuisinier et un écrivain danois embarquent sur la goélette Aurora. Un dessinateur nantais Georges Benoit-Jean a pour tâche d’illustrer cette expédition au milieu des glaces flottantes de l’Océan arctique, financée par le peintre et sculpteur Ulrich Kloster. L’artiste allemand défend l’art et l’environnement à travers son ultime création. Autour de ce projet aux allures de happening monumental, Georges Benoit-Jean confronte son quotidien d’atelier à la vie marine, aux Scandinaves et aux grands espaces. À bord de ce navire en bois, le citadin découvre les gestes élémentaires de survie, l’aquavit et le silence du Groenland. La présence à ses côtés de Jørn Freuchen lui permet de goûter à leurs justes mesures ces nouveaux éléments. Freuchen, un ancien résident des Grands Nords, a couché sur le papier tous les racontars et autres aventures entendus pour devenir écrivain. Au plus fort du récit, telle l’apogée, avant que l’installation de Kloster ne donne sa pleine puissance, Georges Benoit-Jean accompagne son nouvel acolyte dans une quête au goût inaltéré.

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Groenland vertigo est placé sous le signe de Tintin. L’inspiration n’est pas sans rappeler le voyage d’Hergé accompagné par Bob de Moor pour la documentation de Coke en stock. Le lecteur tintinophile retrouvera des passages dans l’esprit de l’Étoile mystérieuse. Le misanthrope Ulrich Kloster évoque Laszlo Carreidas, le milliardaire pingre de Vol 714 pour Sidney. Plus sympathique, Jørn Freuchen fusionne Jørn Riel, authentique écrivain danois avec Peter Freuchen, l’explorateur des Grands Nords à la jambe de bois. Il en résulte un cousin germain d’Archibald Haddock. Pour preuve, le vieil homme surnomme le dessinateur nantais Tintin. Quant au trésor, il justifie à lui seul la lecture de ce vertige groenlandais.

Depuis plusieurs années, Tanquerelle apporte sa contribution à la fameuse Ligne claire. À l’aise dans le dessin, sa mise en page est fluide, les premiers plans sont fouillés sans être chargés. En arrière, la perspective renforce chaque vignette. Cette sensation est sans doute plus forte pour Les Voleurs de Carthage, dans lequel les paysages méditerranéens offrent davantage de chaleur et de couleur. D’ailleurs, ici aussi, la coloriste Isabelle Merlet apporte la touche finale.

 

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