L’aventure sans concession

La Conquête de L’Ouest, tome 1, Vers l’inconnu, Gino D’Antonio et al., (Éditions Araldo, 1967), Éditions Paquet, 2025.

1803, Napoléon cède la Louisiane aux jeunes États-Unis d’Amérique. Passé Saint-Louis dans le Missouri, les deux tiers du pays demeurent terra incognita, ou presque. Quelques coureurs des bois sillonnent ces immenses territoires parmi des milliers d’Indiens, en paix.

1804, Brett Mac Donald débarque sur la terre promise. En deux jours et quelques planches, il participe à une rixe, se fait détrousser, puis se retrouve dans le bureau du président américain à discuter de sa participation à la future expédition Lewis et Clark, laquelle doit traverser le continent d’est en ouest pour rejoindre l’océan Pacifique. Une destinée de héros de bande dessinée des années 60, l’aventure sans concession.

Western italien

Traduit en français par « La Route de l’Ouest » l’année même de sa parution en Italie (1967), La Storia del West est écrite et dessinée en partie par Gino d’Antonio. Cette nouvelle version colorisée intitulée « La Conquête de l’Ouest (vers l’inconnu) » reprend 3 épisodes originaux : Vers l’Inconnu, Les Aventuriers & La Grande Vallée – d’après une version retravaillée en 1984 –, et nous plonge dans le fourmillant XIXe siècle américain à travers les tribulations de la famille de Brett MacDonald. Jeune migrant européen, outre sa qualité d’artiste dessinateur, en vue d’une intégration parfaite, il épouse Sicaweja aka « doux matin », héroïne inspirée de Sakakawea, la compagne officielle du Canadien « Français » Toussaint Charbonneau[1]. Sakakawea aka« femme oiseau[2] » en version originale et Charbonneau sont deux personnages historiques, puisque ce sont les guides avérés de l’expédition Lewis et Clark (1804). Ce périple, qui ouvre la voie de l’Ouest, sert de point de départ pour cette saga dessinée de 7 500 pages[3], qui se clôt par le massacre de population sioux à Wounded Knee (1890), signe de la fin de la résistance des Sioux et, de facto, celle des populations indiennes.

Tecumseh et les autres

Sur les 296 pages que constitue ce premier volume, la présence indienne est complète. Gino d’Antonio remonte le cours de l’histoire et présente les communautés au fur et à mesure des contacts avec les Européens : Fox, Shoshone, Mandans, Arikaras. Sur fond de conquête territoriale et d’intérêt économique (la traite de fourrure), la famille Mac Donald côtoie le trappeur Jim Bridger, au risque de l’anachronisme – et le chef chaouanon (shawnee) Tecumseh.

La Storia del West se distingue par un graphisme classique, dans la lignée de Milton Caniff – les épisodes originaux sont en noir et blanc –, ainsi que des proximités avec le style de Pratt, dans une version qui s’adresse davantage au grand public. La composition graphique est à la fois moderne, audacieuse et attirante.

La force du récit repose sur l’affirmation du héros dans l’ouest sauvage en tant qu’artiste ! Cette approche pacifique liée à la création lui permet de se faire accepter parmi les locaux. Le dessinateur épouse Sicaweja, présentée comme une princesse Shoshone. À la frontière entre deux visions du monde, le destin de ce couple original rejoint la grande histoire et contribue à la mise en place du mythe de l’Ouest américain.

Support

[1] Pour une approche plus étoffée du couple, voir L’Amérique fantôme, les aventuriers francophones du Nouveau Monde, Gilles Havard, Flammarion, 2019, p. 339.

[2] Idem, p. 341.

[3] La Storia del West (éditions Araldo, future Bonelli Editore, 1967) de Gino D’Antonio compte 7 500 pages, dont il illustre treize épisodes, dessin de Renzo Calegari (illustré six épisodes, dont le premier), Renato Polese (trente-deux épisodes), Sergio Tarquinio (trente-quatre), Giorgio Trevisan et Luis Bermejo Rojo (trois), Erminio Ardigo (un). Traduit en français chez (Mon Journal) dés 1967 par « La Route de l’Ouest » ; devenu mensuel (juin 1971-novembre 1989 : 183 numéros).