Autour de la table

Comme un chef

Benoît Peeters & Aurélia Aurita

Casterman

Avant le scénario des Cités obscures (1982) dessin de François Schuiten – Benoît Peeters suit le cours de Roland Barthes à l’École pratique des hautes études ; un projet autour des Bijoux de la Castafiore. Au final, ce sera Le Monde d’Hergé (1983), le départ d’une tintinophilie savante. Pourtant, le Benoit Peeters période 18-25 ans avait une autre passion : la cuisine. Pour l’occasion, Aurélia Aurita (celle de Fraise et chocolat), recrée la franco-belge de la fin des années 70, noir et blanc ornementée de couleurs pour les nourritures et l’alcool. Préface de Pierre Gagnaire, quelques grands noms de la nouvelle cuisine et dessert chez El Bulli (avant fermeture) : Comme un chef revient sur la table.

Combinatoire culinaire

Depuis Bruxelles, durant les années 60, le jeune Benoît développe son appétit pour l’art culinaire. Plus tard, à Paris, pour l’étudiant Peeters, la découverte des « grands restaurants », synonyme de cherté, s’affronte à la boulimie de lecture. De l’une à l’autre, La cuisine gourmande de Michel Guérard, lue et encore relue, donne naissance à de multiples plats. Au plus près de son sujet, Aurélia Aurita donne une double pleine page noir et blanc d’un Benoît Peeters dans la traditionnelle et minuscule chambre étudiante, un meuble pour les livres, un lit et un bureau pour rédiger un premier roman.

À la partie littérature succède la rencontre physique avec la Cuisine. À Roanne, chez les frères Troisgros, et la fameuse escalope de saumon à l’oseille. Aurélia Aurita révèle la sapide illumination avec ce grandiose chariot à fromage en forme de vitraux dans la cathédrale du goût. Aujourd’hui, sans doute le jeune Benoît se rendrait chez Régis Marcon. La rencontre avec le Chef Claude Peyrot, propriétaire du Vivarois, pour discuter huître tiède au safran, confirme une vocation en devenir.

Cuisine à domicile

À nouveau Bruxelles, en couple, elle travaille comme taxi de nuit avec une Mercedes noire, il lui prépare ses repas le jour. Des retrouvailles avec Schuiten débouchent sur la nouvelle revue des éditions Casterman, À suivre. Pour « gagner sa vie », Peeters cuisine à domicile. À la Noël 78, il fait affaire avec la boucherie Joris, des Flamands. Noël se transforme en grande bouffe. L’ambiance confine parfois à l’orgie, mais la soirée est bonne et le salaire en rapport. Ensuite, le 1er janvier 79, au domicile d’une famille belge conservatrice et déliquescente, la soirée se termine… à la vaisselle. Au delà de la pique sociologique opposant flamand et wallon, du moins à table, le moment est venu de prendre une décision.

Le décès de Barthes signe la fin de l’aventure universitaire. La publication d’un deuxième roman entérine le passage « de l’autre côté », Benoît Peeters décide de devenir auteur. Alors qu’il s’intéressait à la cuisine en franc-tireur, c’est aujourd’hui « à la mode ». Difficile de ne pas faire le rapprochement avec le neuvième art.