L’Amer à boire

Alcoolique, Jonathan AMES & Dean HASPIEL

Monsieur Toussaint Louverture

 

Quel est l’intérêt d’écrire son autobiographie à 40 ans. Hormis le grand passage, une vie pleine d’aventures, un style authentique et le besoin de gagner sa vie sont recommandés. Semblant répondre à ces différentes contraintes, l’écrivain américain Jonathan Ames a dépassé la rédaction sommaire pour confier la réalisation « dessinée » de sa « bio » à Dean Haspiel.

Estampillé graphic novel, telle une appellation d’origine contrôlée, l’ouvrage se partage en deux longues séquences. L’avant (adolescence et installation du jeune banlieusard diplômé sur BigApple) s’articule autour de la scène de l’ensevelissement dans le sable, métaphore physique de l’état d’alors de l’auteur – à Coney Island, cette scène est reprise dans Bored to Death, Saison 1, Épisode 5 : L’Affaire de la blanche Colombe, The Case of the Lonely White Dove, dorénavant abrégé en BtD S1, E5 – et une seconde partie rythmée par l’après Eleven nine et mise en lumière par la présence de Bill Clinton (Pour Jim Jarmush ? BtD S1, E3).

Plus ou moins inspiré de son existence, c’est selon, Alcoolique servira surtout de référence à Bored to Death (2009) et Blunt Talk (2015). Outre l’alcool banal, découvert dès son âge le plus tendre, l’auteur présente ses différentes addictions aux drogues classiques – marijuana (BtD S1, E1 à BtD S3, E8) ou bien cocaïne (Blunt Talk, Saison 1, Épisode 1 : Titre français inconnu, I Seem to Be Running Out of Dreams for Myself, dorénavant abrégé en BTk S1, E1). Suite aux stupéfiants, JA décline une forme de soumission à l’Amour, dans ses manifestations physiques les plus diverses (BtD S1, E7 ou S2, E2). Rappelons qu’il a fait ses armes dans le journalisme Gonzo, à l’imitation de Hunter S. Thompson, et qu’il utilise la version licencieuse de ses déboires amoureux (BTk S2, E4).

Plus triste, JA se présente comme un fils unique, orphelin à 20 ans, source paradoxale des références parentales que l’on peut légitimement retrouver chez le personnage de Jim Stone (BTk, S1, E3) ou de façon plus explicite avec celui éponyme de Jonathan Ames, alias Jason Schwartzman dans Bored to Death (BtD S2, E3). Nous choisissons ce passage pour signaler la forte ressemblance entre ces deux rôles : Ames et Stone. Schwartzman aurait dû faire un excellent Jim Stone, cependant une trop forte proximité avec le héros crée pour Bored to Death a du jouer en sa défaveur.

La pratique de l’escrime, vanté par l’auteur (BtD S3, E6) ; la sujétion aux turbulences gastriques de tout ordre, dépeintes par Haspiel sous forme de fumée et autres taches de couleur, fait le miel de BtD (S1E4), avant d’alimenter un BTk tout entier (S2, E2). Épisodes qui font de cette bande dessinée un quizz préparatoire. Dean Haspiel vient de l’univers du comic book, des super-héros. Son trait le trahit et sa mise en images recherchée ne peut rivaliser avec le jeu d’acteur du trio Jason Schwartzman, Ted Danson et Zach Galifianakis. Consolation, dans Bored to Death, Galifianakis joue Ray Hueston, un auteur de comic book.

Journalisme gonzo sexy, nouvelles trashy pour Bobo-Brooklyn, livres et séries télévisées denses à souhait, Jonathan Ames, audacieux mélange de Woody Allen et de P. G. Wodehouse, comme l’indique le binôme Patrick Stewart et Adrian Scarborough (Blunt Talk) pour un remake inversé et assumé des Bertram Wooster et Reginald Jeeves ; Ames donc, ne dédaignant pas la culture française, enfin Paris et certaines de ses habitantes, avait-il besoin de raconter sa vie en images à 40 ans ?