Mémoire Vive

BUG (livre 1)

Enki BILAL

Casterman

 

Un bug, c’est comme un grain de sable. La mécanique s’enraye, le numérique s’arrête. Avec ce nouvel opus, Bilal déclare la fin d’un monde. Dans Bug, les Data, cette masse d’informations contenues dans notre quincaillerie informatique, disparaissent. Au lendemain du 13 décembre 2041, nous retournons dans les années 1960, avec la douloureuse obligation de vivre sans artifices électroniques.

Dans Bug, le héros se nomme Kameron OBB. Il a quitté sa femme avant de reprendre son poste sur Mars et ne jure que par sa fille Gemma. Cosmonaute multinational, il pilote des navettes pour le compte de « Life Dust one ». Seul survivant de sa navette, l’équipe de secours décèle en OBB un bug, revêtant la forme d’un insecte. Bilal établit le parallèle entre ce « jeudi noir », date de la disparition totale des données et ce corps étranger. L’insecte, traduction littérale de bug, aurait asséché l’ensemble du réseau. OBB, devenu récipiendaire du Web tout entier, serait métamorphosé en Zeus futuriste, le surhomme.

La science-fiction prend le chemin du polar. En 2041, la France est présidée par une femme, noire, avec des cheveux bleus. D’après la présidente, OBB incarne une espèce de disque dur de l’humanité, l’homme le plus convoité, source des pires folies. Tandis que le chaos du sans numérique recouvre la planète, des services secrets s’affrontent aux systèmes organisés, dont une originale mafia vénitienne ou les plus convenus néo-califats islamistes : leur objectif, chopez OBB !

On ne présente plus Bilal, dont le champ artistique s’étend au-delà du neuvième art, de la peinture au cinéma. Le soin apporté aux planches jure parfois avec la forme des phylactères et le lettrage, prêts à s’effacer pour laisser intact une nouvelle toile. « Créateur d’ambiance », sa vision post-soviétique synonyme de chaos et son incessant questionnement en font un auteur fantastique et universel, mais froid. Soumission à la technologie et montée en puissance des radicalismes, Bilal, sans doute par nostalgie titiste, dépeint notre présent en futur improbable.

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