L’Indien d’Amérique dans la bande dessinée francophone – 4 – Tsi Na Pah

GIRAUDNIMO

En 1963, le scénariste Jean-Michel Charlier, collaborateur de Goscinny à Pilote, désire créer un nouveau personnage. Sur les conseils de Jijé, il choisit Jean Giraud, un jeune dessinateur qui a déjà travaillé à l’encrage d’un album de Jerry Spring. Il s’agit de mettre en image les aventures d’un lieutenant de l’armée américaine au caractère bien trempé. Dans les premiers albums, Jean-Paul Belmondo prête ses traits au héros. Entre 1965 et 2007, du premier ouvrage, Fort Navajo, jusqu’au dernier, Apaches, 28 épisodes relatent les aventures du jeune puis vieillissant officier, Mike S. Blueberry.

Charlier utilise les épisodes tragiques de l’histoire amérindienne pour construire un certain nombre de scénarios : l’arrivée du chemin de fer (Le Cheval de fer, 1970) la bataille de Little Big Horn (Général Tête Jaune, 1971). Un « cycle apache » débute avec Nez cassé (1980), tandis que La longue marche (1981) est une référence explicite à celle des Navajos en 1863, La tribu fantôme (1982) rappelle la fuite des Apaches en 1876.

Ces trois volumes installent momentanément Blueberry, qui devient Tsi-na-pah ou Nez-Cassé, dans le camp indien. Durant cette suite, Cochise et les siens se réfugient dans les montagnes de l’Arizona, en attendant de passer la frontière pour se réfugier au Mexique. Les premiers tomes de la série représentent l’Indien de façon superficielle, à partir de Nez Cassé, la communauté indienne est au cœur du récit, on mesure le chemin parcouru.

Dans cette trilogie apache, le bon indien est vieux, occupe la fonction de chef et incarne la sagesse. Il est pacifiste, tente de canaliser les jeunes. Enfin, il est courageux et déterminé : ici Cochise. À ses côtés, Vittorio incarne le faux « mauvais indien », constamment opposé à Blueberry, il subit les brimades de ce dernier et reçoit les ordres de Cochise. Seule la belle Chini, fille du chef, l’aiguille sur les voies de la raison.

Quand bien même la présence indienne est très forte, la communauté apache, à l’exception du chef Cochise, est confortée dans sa position subalterne. Blueberry remplit à nouveau sa fonction de héros et réussit les actions les plus audacieuses pour sauver la tribu. D’ailleurs, il n’est jamais question d’intégration, en se mariant par exemple avec Chini, la fille du chef. À l’inverse de Buddy Longway ou de Jonathan Cartland, Blueberry ne s’indianise pas.

Pour Apaches, le dernier album paru en 2007, Jean « Moebius » Giraud, seul auteur vivant, utilise le procédé du « préquel », dans lequel l’action remonte aux sources de la série pour se situer chronologiquement avant le tome 1 Fort Navajo. Dans cet ultime aventure, Giraud fait de Blueberry le sauveur du fils de Géronimo, envoyé dans un internat pour jeunes Amérindiens.

Au fil de la série, l’Indien évolue du personnage figurant, dans les 17 premiers albums (1965 à 1980), en passant par le partenaire, des numéros 18 à 24 (1980-1995), vers le personnage quasi principal, l’épisode 26 est intitulé Geronimo l’Apache et le dernier : Apaches. Il reflète la volonté de l’auteur vivant, plus indianophile, et l’orientation du goût du public, fatigué de lire et relire le mythe usé du western.

 

Extrait mis à jour de l’article de William FOIX publié dans Un continent en partage, Cinq siècles de rencontres entre Amérindiens et Français, Gilles Havard (dir.), Les Indes Savantes, 2013.

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