L’Indien d’Amérique dans la bande dessinée francophone – 2 – Autour de DERIB

DERIB, Claude de Ribaupierre

 

Son œuvre illustre l’évolution des Indiens d’Amérique du Nord dans la Bande Dessinée francophone. Avec cet auteur suisse, la communauté des plaines – La famille des Sioux en particulier – devient le personnage principal.

 

À partir de 1969, les aventures de Yakari le petit Sioux, destinés aux enfants, sont publiées dans la revue suisse Le crapaud à lunettes. Symbolisant l’harmonie entre l’Homme et la Nature, utilisant un style graphique tout en rondeur à vocation humoristique, Yakari marque le départ d’une carrière tournée vers l’Ouest. Avec Go west (1971), sur un scénario de Greg, Derib retrace le parcours des pionniers.

L’année suivante, inspiré par le film Jeremiah Johnson de Sydney Pollack (1972), il invente pour la revue Tintin un nouveau personnage : Buddy Longway. À travers le destin de ce trappeur, dont l’union avec la jeune indienne Chinook débute le cycle, Derib adapte en bande dessinée le parcours de ces hommes singuliers, éclaireur de la civilisation en devenir et admiratif des populations sacrifiées. Originalité, l’auteur fait évoluer le récit en temps réel, Buddy Longway vieillit d’album en album et meurt lors du 20ème  (2006).

En parallèle de Buddy Longway, Derib entame le portrait croisé à un siècle d’intervalle du jeune Sioux Pluie d’orage et de son descendant Amos Lambert dans Celui qui est né deux fois (1981). Un triptyque retrace le parcours d’un homme devenu chaman dans les années 1860, dont les visions laissent entrevoir les catastrophes à venir. Red Road, la seconde série composée de 4 albums met en scène son arrière-petit-fils Amos Lambert, résident de la réserve de Pine Ridge dans le Dakota sud actuel.

Red Road, dont le récit emprunte au reportage, ainsi qu’au témoignage, signifie une forme de maturité dans le récit. Derib aborde les conditions de vie contemporaines des populations indiennes reléguées en réserve : alcool, violence, racisme, mais aussi la perte de repères identitaires, laquelle génère une perte de confiance en soi, un cercle vicieux dans lequel sont rivées de nombreuses populations amérindiennes. Volontiers positif, Derib propose un récit dans lequel l’apparition récurrente – parfois surnaturelle – d’un vieil homme proche du chamanisme établit le lien avec les ancêtres de Lambert, rappelle les combats de l’American Indian Movement et conduit le jeune homme de la prédélinquance vers la rédemption, synonyme de retour à la terre.

Derib s’engage avec sincérité, en usant de la mythologie avec Yakari, de façon plus classique grâce à Buddy Longway. Il synthétise la représentation graphique de l’Indien dans la Bande Dessinée francophone, on glisse de l’inspiration cinématographique à la parole militante, d’une fiction souvent proche du mythe vers une réalité sociale à la précarité subsistante.

 

Extrait mis à jour de l’article de William FOIX publié dans Un continent en partage, Cinq siècles de rencontres entre Amérindiens et Français, Gilles Havard (dir.), Les Indes Savantes, 2013.

 

 

 

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