Un singe en hiver

Le crépuscule des imbéciles

Jean-Paul Krassinsky

Casterman, 2016

 

 

Au nom de Diou

Rhésus est un macaque astronaute involontaire pour effectuer des missions dans l’espace. L’Homme n’a pas encore posé le pied sur la lune. Après un voyage dont les autorités scientifiques perdent le contrôle, Rhésus échoue sur une autre planète, au milieu d’une colonie simiesque, dirigée avec autorité par l’imposant Taro. Perdue au milieu des montagnes, la tribu se regroupe autour d’une source thermale, seul réconfort dans ce monde rudimentaire. Réchauffant les corps et purifiant les âmes, la source est accessible aux seuls sujets de l’impitoyable Taro.

Nitchi, le « joli cœur » de la bande conteste le pouvoir de Taro et lui dispute la ravissante Hisayo. À l’issue d’une énième tentative de séduction, Taro le chef décide d’ostraciser ce rival pour l’éternité. Durant son exil, Nitchi assiste à l’atterrissage forcé du malheureux voyageur spatial et le sauve. Se découvrant alors un certain crédit auprès de ces indigènes, Rhésus profite de leur crédulité pour s’imposer en tant que prophète d’une religion à venir. Diou est né.

 

Dans cette région vierge de toute présence humaine, les macaques découvrent la Pensée en même temps qu’ils découvrent l’intolérance, la haine et la destruction. Rhésus exploite quelques connaissances de macaque cultivé pour soumettre cette communauté rurale. Deux apôtres, l’un bègue et l’autre pédant, distraient le lecteur par leurs propos simplistes. Le brave Nitchi veut croire au changement. Seul personnage féminin, Hisayo figure une princesse émancipée, malgré tout dépendante du pouvoir, qu’il soit physique ou spirituel. Enfin, Taro lutte jusqu’à embrasser le nouveau prophète, pour mieux le remplacer.

Krassinky joue dans le registre anthropomorphique avec réussite. S’inspirant des macaques japonais, le singe le plus septentrional, ses personnages épousent les préoccupations humaines essentielles : survivre, s’aimer et croire. La représentation de la nature, âpre et omniprésente, est magnifiée par la réalisation de planches en couleur directe. De fait, le format roman graphique (19×27) diminue en taille quelques compositions de planches. Deux albums de 120 pages au format traditionnel auraient permis de savourer davantage le graphisme de l’auteur.

Avec Le crépuscule des idiots, Krassinky propose un conte aux allures de paraboles dans lequel le discours des religions monothéistes est critiqué, à travers l’interprétation que l’humain, et les macaques, en ont faits, au nom de Diou.

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